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"Bois l'eau des égouts" - Partie 2/2

9 sept. 2025

Temps de lecture : 3 min

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Pour se remémorer la partie 1/2, c'est par ici : https://www.oliviacarlton.com/post/bois-l-eau-des-egouts-partie-1-2


Lundi 16 mars. Branle-bas de combat à l’association : c’est le jour de la Solid’hey.


À son arrivée dans la structure, Rony et trois collègues imaginent un événement annuel : une grande distribution de repas chauds et de kits d’hygiène aux personnes sans domicile fixe du quartier, avec en prime une prestation musicale assurée par un DJ partenaire. Très vite, cette fête solidaire s’impose comme un rendez-vous incontournable du quartier.

Rony aime profondément cette journée. Elle incarne ce qui l’a conduit vers ce métier : mettre l’humain au centre à travers des actions sociales concrètes. Cette année, pourtant, il se sent moins enthousiaste qu’à l’accoutumée, mais il a hâte malgré tout. Après tout, c’est un peu son bébé.


Les derniers détails réglés, les bénéficiaires finissent par arriver. L’événement bat son plein. Tout se passe bien : l’équipe ne ménage pas ses efforts pour offrir un moment chaleureux et réconfortant. Rony, lui, s’active sur le stand principal où l’on remet les sacs complets : barquette repas, fruit, bouteille d’eau et kit de première nécessité.


Vers 11 heures, un homme d’une trentaine d’années s’avance. Visiblement en proie à des idées délirantes, il examine le sac que Rony lui tend, en sort la bouteille d’eau : "Elle est contaminée" dit-il. L’équipe est habituée et formée à ce type de situation. En effet dans la rue, les troubles psychiques sont fréquents. Rony tente de désamorcer, mais rien n’y fait. Derrière lui, la file s’impatiente et un petit embouteillage se crée. C’en est trop. À bout, Rony hurle cette phrase dont tout le monde se souviendra :


"EH BIEN, BOIS L'EAU DES EGOUTS, C'EST TELLEMENT MIEUX !"


Silence de plomb. Personne ne comprend. Rony, le premier. Figé, il sent aussitôt la honte l’envahir sous les regards ahuris et désapprobateurs de l'assemblée.

C'est vrai, comment lui, toujours si bienveillant et professionnel, a-t-il pu proférer une phrase d’une telle cruauté ? Comment ce jeune homme, symbole d’écoute et d’empathie, a-t-il pu basculer aussi soudainement dans un tel mépris ?


Dans les consultations consacrées à la souffrance au travail, certains signes ne trompent pas. L’épuisement général use les ressources internes qui permettent d’ordinaire de faire face aux aléas. Arrivé à saturation, l’individu met en place, souvent inconsciemment, des stratégies de préservation psychique rarement heureuses .


Sur le plan affectif, une forme d’indifférence peut apparaître. Elle traduit une mise à distance émotionnelle de situations d'habitude bien maîtrisées, devenues désormais trop coûteuses à gérer. Dans le cas de faits graves, l'individu peut faire preuve de rationalisations qui laissent les autres pantois : "Oh, tu sais ! Il fallait bien que ça arrive un jour". Parfois, du cynisme et même de l’agressivité envers autrui apparaissent. Il va sans dire que ces comportements finissent souvent par perturber les relations sociales avec un risque d’isolement. Parfois, l’agressivité est dirigée contre soi, avec des conséquences tout aussi désastreuses. Au fil du temps, la personne a le sentiment de changer, de ne plus se reconnaître. Une phrase revient souvent en consultation : « Je ne me reconnais plus ». Concernant Rony, nous y sommes.


Mais alors, Rony a-t-il eu raison de craindre Nelly ? Laissons la question ouverte. De façon caricaturale, retenons simplement ceci : si ses craintes sont fondées, Nelly risque d’amplifier ses actions et même d’élargir sa cible ou d’en changer régulièrement, provoquant encore plus de désordre organisationnel. Si elles ne le sont pas ou pas totalement, il faudrait idéalement investiguer ce vécu de méfiance chez Rony, compte tenu de son niveau de souffrance et des risques associés.


Quoi qu’il en soit, il est grand temps pour Rony de demander de l’aide. Oui, car ces situations, même si elles prennent racine dans le milieu professionnel, elles ne restent que rarement confinées à ce cadre. Lorsqu’elles s’installent dans la durée, elles débordent souvent sur d'autres sphères de vie et peuvent alors provoquer bien d'autres dégâts.


Il serait dommage que notre cher Rony en arrive là, non ?

9 sept. 2025

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